mardi 1 juillet 2014

Tour de France de merde !


ça fait cher du Tour !!
cité le 6 Juillet 
dans l'Est Républicain

Lettre ouverte au Président du Conseil Général de Meurthe et Moselle


Maron le 1er Juillet 2014

Monsieur le Président,

Dans la nuit du 24 au 25 Juin , les habitants de la rue de Toul à Maron ont été confrontés à des travaux routiers, très soudains. Des engins de chantiers ont oeuvrés toute la nuit pour refaire une portion de route d'environ 1,5 km. Le commanditaire des travaux, vous même, n'a pas pris la peine de nous informer, de cette intervention peu banale. .
Certaines habitants furent surpris d'entendre des travaux tardifs, vers 21 h 00, c'est le chef de chantier qui leur a indiqué que le bitumage allait durer jusqu'à 4 ou 5 h 00 du matin .

Les élus locaux habitant la rue n'ont pas été prévenus non plus , et ne purent informer les résidents.

Ces travaux frénétiques ont été réalisés pour satisfaire au « Tour deFrance ». Bigre ! La raison doit être impérieuse, car pour beaucoup de Meulsons (habitants de Maron) , l'état de la route était suffisant pour aller au boulot, faire passer les bus scolaires, les ambulances , les transports en commun.

A l'heure où notre département compte des sous effectifs criants dans les hôpitaux , voit des classes fermer , des budgets sociaux réduits, il est surprenant de mettre nos impôts à contribution pour une initiative relevant d'organisateurs privés.
L'A.S.O (Amaury Sport Association) organisateur du « Tour de France », annonce un chiffre d'affaire de 120 millions d'Euros , en progression de 7 à 10 % selon les années. 2011 a procuré à ce groupe 32,5 millions de bénéfice. Était il si urgent d'offrir une réfection à raison de 130E le M2 .
Ces largesses n'incluent pas le passage à la caisse à hauteur de 55 000 € pour une ville de départ , et 115 000 pour une ville d'arrivée.
Selon le journal Sud Ouest, la réfection des routes pour le Tour de France ,dans les départements oscille entre 200 000 et 850 000 € (pour les départements de montagne) , qu'en est il de la Meurthe et Moselle

Beaucoup invoquent la bonne affaire , et les retombée des ventes. Je peux vous assurer que pour la ville de Maron , il n'y aura pas de galette , juste des nuisances, en plus de la nuit sans sommeil que nous vous devons. 

Est il normal d'ouvrir la manne fiscale pour un troupeau de dopés, précédé d'une caravane publicitaire indécente ? Depuis 20 ans , les journalistes nous informent de la pharmaco délinquance coutumière de cette épreuve . Les ex -maillots jaunes sont des délinquants toxico repentis pour certains , morts de cancers pour d'autres .
Est la , la promotion du sport? Jusqu’où va aller le grotesque ? Pourquoi ne pas faire payer certains sponsors du Tour, genre banque à mascotte rugissante , mouillés dans les turpitudes politicarde-financières et foutre ainsi la paix au contribuable

Je vais en terminer là, mais vous serait il possible de racler les fonds de tiroirs, si ASO en laissât, pour assurer la jonction de la piste cyclable de Maron à Sexey aux Forges , trois pauvres petit kilomètres , afin que toutes et tous fassent du vélo en toute sécurité. N’étant pas un groupe financier puissant , nous nous contenterions d'une piste très basique, et peu chère .

Recevez mes salutations

Michel ANCE
habitant de Maron , un peu échaudé
 
  http://blogs.mediapart.fr/blog/devnull/070714/ca-fait-cher-du-tour

mardi 8 avril 2014

Aux salariés de Libération

Aux salariés de Libération en lutte
Publié dans Libé le 5 Avril 2014

Bonjour

Je lis , le plus souvent possible, Libé depuis 1977. Votre journal m'a rarement laissé inexpressif. Comment ne pas être ému face à la une consacré à l'évacuation des sans papiers de St Bernard par les CRS avec pour seule citation les mots de Debré, » avec coeur et humanité », comment ne pas se mettre en rage lorsque qu'Yves Montand assène « Vive la crise ! » en pleine page. Des rubriques « taulards » des années 70, à la couverture des grèves de 1995, aux éditos racoleurs de 2005 vantant le oui nécessaire, jamais un journal ne me surprit autant.
Au gré de mes humeurs, et du traitement de l'actualité, Libé traversa la pièce parfois, finissant rageusement contre le mur, ou fut précieusement mis de côté .
J'étais ouvrier du Livre pendant 30 ans aux NMPP à Nancy, dans un centre de distribution et d’impression de province, comptant, conditionnant , triant les journaux chaque nuit . Lorsque Libé était imprimé, j'attendais , impatient à la sortie de la roto. Imaginant l'insolence du jour, l'humour choisi pour traiter des grandeurs et décadences de notre quotidien
Quelle tête il a aujourd'hui , le Libé ?

C'est un bonheur , un privilège de découvrir au milieu de la nuit le journal de demain ! Cette primeur me faisait oublier la dureté du travail , nous portions avec mes collègues entre 12 et 25 tonnes par nuit, de journaux et magazines.
Parfois il y eut des tensions, en 1989, les NMPP firent grève pendant 10 jours, et le mouvement de la CGT fut vivement critiqué par la rédaction de Libération. Nous prenions alors la responsabilité de ne pas distribuer un journal réunissant des efforts, de l'imagination , du talent .


Je me sens concerné par votre combat. Nos patrons sont les mêmes, actionnaires thuriféraires du sacro saint marché. Leurs journaux vont mal, mais leur affaires vont bien.
Nos centres d'impressions et de distribution décentralisés (Nantes, Nancy, Marseille ,Lyon ,Toulouse)  ont souffert des décision financières des décideurs la presse d'information aussi. Votre journal n'a pas été épargné.
Nos professions ont perdu plus de 60 % de leur salariés. Que disent les actionnaires ...Pas assez , le coût du travail est trop élevé
En 2007, Il fut décidé que Libération serait imprimé à Bournezeau (Vendée) , pour toute la façade Ouest. Bien évidement l'abonné de Bayonne n'eut pas tous les jours son Libé, les ventes baissaient , mais banquiers et actionnaires se contentaient du « schéma » , les coûts avaient été baissé, tant pis pour les ventes.
Toutes les érosions des ventes de Libé, n'ont pas été du seul fait de Libé . La « stratégie » des patrons était collective. Ainsi, le Figaro, et les Échos ont déserté en premier nos centres d'impression, laissant aux autres éditeurs , dont Libé, à se départager des coût de péréquation . Les premières fortunes de France se taillent que les autres se démerdent. Toutes les remises en cause rédactionnelles de votre journal avaient pour cause des motifs financiers. Les crises de Libé 1, 2 et 3 n’étaient pas des caprices rédactionnels mais des exigences de rentabilité.

Depuis le 2 Avril, les patrons de Libération ont arrêté l'impression décentralisée en province, trop cher ma pauv' dame !
La fausse bonne idée va mettre en péril les ventes de Libé au numéro dans les pays limitrophes et le service des abonnés.
Depuis 1979, la technologie permet d'imprimer au plus prés des réseaux de distribution, évitant ainsi de mettre des camions sur la route , et pénaliser un produit fragile par des heures de transport lent . La transmission numérique est plus rapide qu'un engin mu par du fuel...CQFD ...Que font nos patrons ? Le diesel bien sur ! , c'est moins cher ma pauv dame !!!
A Nancy, dés que Libé est imprimé, vers onze heure, ou minuit, les ouvriers de la distribution chargent des voitures à destination de la suisse , du Luxembourg, de l'Allemagne. Certaines voitures postales se rendent aux aéroports pour servir des ambassades, comme Tel Aviv,
Maintenant , Libé arrive au rythme trépidant du camion , au mieux vers une heure et demie du matin, Le temps de transport, est autant de temps pris sur le rédactionnel. Bref Libé arrive en retard et moins complet donc moins vendable et moins vendu....quel génie ces actionnaires .

Sur ces question de distribution, les salariés des centres de province sont prêts à se battre avec vous . Imprimer un Libé sauvage dans chaque centre ? Avec visite guidée de l'imprimerie.. ? .Une nuit de la presse en live ? ou se croiseraient lecteurs, rédacteurs, rotativistes , ouvriers de la distribution. Chiche , un combat convivial en quelque sorte, nous savons faire , nous en aurions envie.
Votre journal nous tient à cœur, nous qui n'écrivons pas , nous n'en gardons que le noir sur nos mains chaque nuit, et nous en sommes fiers.

Votre combat est beau, ouvert à toutes et tous . Vous avez résumé votre lutte par des mots qui ressemblent à Libé, Oui , vous êtes un journal !
Un beau journal !
Votre affirmation respire une juste fierté, une indignation partagée et l’intelligence de celles et ceux qui ne se résignent pas

courage !

Michel ANCE
adhérent sglce/CGT

mardi 22 octobre 2013

Lettre ouverte à Eric Besson

Eric BESSON :
 ministre de l’Immigration,
 de l’Intégration, de l’Identité nationale
 et du Développement solidaire
101, rue de Grenelle
75700 PARIS

courrier envoyé en Mars 2009

 Monsieur,
Vous vous êtes indigné des propos de Philippe LIORET , réalisateur de « Welcome » qui comparait la situation faite aux Juifs en 43 et celle faites aux sans papiers , aujourd’hui.
Je comprends fort bien que vous vouliez écraser tout comparatif fâcheux, des cuistres n’hésiteraient pas à rappeler que Jacques DORIOT s’en alla de la gauche en plaçant le curseur (fort) à droite, pour épouser la politique de Pétain.
Et pourtant Monsieur Besson……
je vous mets en copie, la publication du Journal Officiel du 11 Juin 1942 traitant de la question juive, « amusez » vous à remplacer le mot « Juif » par Sans papier.
Je peux admettre que vous soyez fâché des propos d’un cinéaste, mais votre sentiment de colère est bien petit , voire minable, comparé à ceux qui m’animent.
La honte pour commencer, honte d’être englué à ce pays où l’on consacre 415 millions d’Euros, dont votre traitement, pour rejeter à la misère et à la mort des individus coupables d’avoir faim ou de vivre sous le joug de despotes, sans doute épargnés du courroux de votre ami,transfuge éloquent également, Le Diplomate Kouchner.
Honte de savoir que dans notre pays des sans papiers préfèrent se jeter à l’eau, sauter du 6ém étage plutôt qu’affronter un contrôle de police, honte surtout de savoir ces contrôles faits au faciès ou sous dénonciation.
Saviez-vous Monsieur Besson que de plus en plus de gens ont peur de la police, alors qu’ils n’ont commis aucun délit ?
Savez-vous que ces 415 millions, qui manqueront sans aucun doute à l’aide sociale, ces 415 millions donc, ne serviront à rien. Comme l’a dit Albert Jacquard la misère est au Sud, les soins et la nourriture sont au Nord. Les idées sont passées, alors les hommes et les femmes passeront, vous n’y pourrez rien. Tout au plus ferez-vous de nombreux morts en les renvoyant sous le joug des tyrans, en les étouffant un peu dans les avions, lors d’accompagnements musclés, dits « reconduites à la frontière ». Je me suis laissé dire que le sans papier est mesquin, têtu, et qu’il préfère mourir étouffé parfois par les policiers dans l’avion, signe évident de non intégration, cher Monsieur Besson. Mais heureusement, vous veillez !
Mais la rage m’anime aussi, Monsieur, rage de voir la BAC contrôler au faciès en interpellant « bougnoules, niacwais, négros » avec impunité.
Rage de voir les flics par paquets de dix fondre, « courageusement », sur un Sonacotra et arracher ainsi une mère et ses gosses.
Le syndicaliste que je suis a vu ces mêmes pandores moins fiers face aux piquets de grèves de sidérurgistes, d’imprimeurs ou de dockers. Il est vrai que pour la police, votre adjointe du chiffre, ce n’est pas le courage qui compte mais le nombre et je parle à un expert ayant pour objectif 29 000 reconduites….Alors rafler des gosses et leur mère…….
Rage aussi, d’être assimilé à votre triste ministère d’identité  nationale, j’ai forgé mon identité dans les luttes solidaires et non dans la dénonciation, et votre notion de nation ne renvoie qu’au devoir du sang versé. Je préfère à l’identité nationale, la solidarité internationale chère à Jaurès que vous ne devez plus guère lire, hélas.
J’éprouve heureusement de la joie, Monsieur Besson, car je participe à un réseau qui donne de l’énergie à soustraire les sans papiers à vos rafles, à vos descentes ignominieuses dans les écoles. Je suis de ceux qui désobéissent, Monsieur, et ma joie est grande lorsque je suis payé du sourire d’une personne que j’ai pu aider.
J’ai le bonheur de côtoyer des gens admirables qui cachent celles et ceux à bout de misère, de turpitudes, de tortures.
J’ai le bonheur de compter des amis qui préfèrent risquer la prison pour tendre la main aux moins que rien.
Vous ne saurez jamais, jamais, les larmes de joie des migrants, lorsque nos arrachons des papiers à la Préfecture, lorsque nous évitons une reconduite à la frontière.
Nous sommes nombreux, imaginatifs et vous êtes petit !
Ce plaisir vous est refusé, vous ne serez jamais que Le Successeur, Le Suivant qui tente de complaire et se faire un nom, en vain, un Hortefeux bis, un pâle disciple sarkozien qui se distingue dans la trahison sociale, faute d’avoir brillé.
Les flagorneurs et les courtisans vous tresseront les lauriers adéquats, le temps que durent les orties, mais l’Histoire vous donnera le costume à votre taille. Il vous ira comme un gant…. à lustrer.
Délégué par celles et ceux qui vous fuient, vos proies, je ne suis pas mandaté pour vous adresser une formule de politesse. Je vous soupçonnerais de la revendre pour briller encore ailleurs.
Cependant, je vous plains

Nancy Mars 2009
Michel ANCE
Ouvrier Syndicaliste

PS (je plaisante, bien sûr), vous devriez aller voir Welcome, c’est un film plein d’humanité, vous pourriez en avoir besoin, plein de talent aussi, mais ce n’est pas à votre portée, allez y avec quelqu’un qui puisse vous expliquer.

lundi 21 octobre 2013

Quitter l'usine, à quel prix ? Dans quel état ?


Vivant si possible !

En 2012 et 2013, PRESSTALIS, distributeur de 85 % de la presse en Kiosque a été au centre d'un conflit social de grande ampleur.
Il y eut pas moins de 20 non parutions de titres, dans la branche des quotidiens. La baisse des ventes des journaux, la crise de la rentabilité publicitaire, ont alimenté le contentieux entre les patrons de presse et le SGLCE-CGT, (Syndicat Général du Livre et de la Communication Écrite).
Le patronat voulait 1 200 suppressions d'emplois, par voie de licenciements secs, sur les 2 500 restants dans la distribution de la presse.

Après un an de conflit, le patronat a reculé. Il n'y a pas de licenciement, les seuls départs seront volontaires, et les salariés les plus âgés (55 ans) bénéficient d'un plan de départ anticipé, 7 ans avant l'âge de la retraite. 
 

Une avalanche de plans sociaux depuis 20 ans

La restructuration de la distribution de la presse a commencé en 1993, la profession comptait 10 000 salariés. A cette époque déjà, les salariés quittaient l'entreprise à 55 ans, bénéficiant de dispositifs sociaux entreprise/état.
Il faut avoir à l'esprit que les ouvriers de la distribution ont généralement commencé à bosser à l'âge de 14 ou 16 ans, sous des statuts d'apprentis, dans des métiers éprouvants, (ouvriers agricoles, restauration, abattoirs, ….), et qu'au long de leur carrière ils ont porté des journaux à un rythme de 10 a 12 tonnes par jour, dans une industrie qui ne travaille que la nuit, dimanche et fériés compris. 8 ouvriers sur 10 sont atteints de lombalgies allant jusqu'à l'incapacité de travail. Continuer ce travail après 55 ans est de fait impossible.
Dans les années 2000, l’état a stoppé les dispositifs de préretraites ou départs anticipés. L'augmentation de la durée de cotisation, le recul de l'âge de la retraite ont rendu impossible une cessation d'activité légale pour des salariés usés.
Ces équipes de travail sont très éprouvées et souffrent de diverses pathologies : addictions diverses, troubles musculo-squelettiques, perte du sommeil et autres troubles psycho-sociaux (rapports CRAM, enquêtes INRS).
L'espérance de vie dans ce secteur est identique aux statistiques générales : un ouvrier vit 8 ans de moins qu'un cadre et il vit en bonne santé jusqu'à 59 ans (COR).
La mortalité dans les rangs ouvriers n'a en effet pas beaucoup reculé pour certaines catégories de salariés. Rappelons que dans les années 1980, l'espérance de vie d'un sidérurgiste lorrain était de 63 ans alors que la retraite était à 65 ans.

Les salariés du site de Nancy ont ainsi été confrontés ces dernières années aux décès de deux camarades âgés de 54 ans pour l'un et 60 ans pour l'autre, sur un collectif de 15 personnes.

Le patronat sait que l'aspiration à quitter l'usine est un levier puissant, qui tend à démobiliser les luttes. Il met donc sur la table à chaque plan social :
  • l'annonce d'un plan de licenciement dévastateur,
  • la précarité de l'activité professionnelle,
  • l'endettement de l'entreprise (dont les salariés seraient responsables) et l’éventualité d'un dépôt de bilan.

Lorsque ces annonces tombent, le débat sur la lutte à mener est difficile, l'ambiance lourde dans l'entreprise.
Le Syndicat doit tenir compte de l'aspiration à quitter l'usine, en relative bonne santé, après plus de 30 ans d'un turbin éprouvant chez les salariés. Il doit également tenir compte de la nécessité d'éradiquer la précarité qui s'est installée dans la profession ces dernières années (jusqu'à 40 %).

Dans certaines professions, fortement syndiquées (mineurs, dockers), où le travail est éprouvant, le Syndicat a compensé la pénibilité par le salaire, en plus d'un travail revendicatif sur les conditions de travail, la sécurité. Les salariés étant peu formés, le fait d'effectuer un travail pénible et fortement rémunéré leur a longtemps renvoyé l'image d'un statut social dont ils étaient fiers.
Les patrons ont préféré payer pour que les troupes fortement syndiquées ne débrayent pas tous les quatre matins. La souffrance au travail était de fait niée par tous les acteurs sociaux en place, à commencer par les plus concernés. Dire que l'on souffre, qu'on a mal c'est dire qu'on ne peut pas travailler à ce poste.

Parler de la souffrance au travail dans la profession ne sera possible qu'à partir des années 1995 / 2000.

Luttes et négociations difficiles

Dans ce contexte ardu, les conflits portant sur les plans sociaux deviennent difficiles, très difficiles, même si les salariés, ouvriers et cadres sont syndiqués à 100 %, précaires compris, et investis à 100 % dans la lutte.

En 2011, après un an de conflit, un accord a été négocié entre les patrons et le SGLCE-CGT.
350 salariés ont quitté l'entreprise 7 ans avant l'âge légal de départ à la retraite, mais il a fallu inclure dans les 7 ans de revenus, 3 ans de cotisations Pôle Emploi, et donc un passage à la case chômage.
Contre quoi le patron paye le salarié à 90 % de son salaire, pendant les quatre années restantes, jusqu’à la retraite, acquitte toutes les cotisations sociales y compris la mutuelle (retraite et santé). Surtout, il embauche la totalité des salariés précaires de l'entreprise au statut conventionné d'employés de presse, moindre que le statut d'ouvrier de la presse, mais permettant aux jeunes précaires une embauche à 1 780 € mensuels net, sur 13 mois, et 7 semaines de congés payés plus les repos compensateurs.

Nos ateliers ont rajeunis de trente ans, l'outil syndical a été transmis dans son intégralité avec la culture de lutte et les usages unitaires de la profession. Ainsi, les recrutements sont initiés par les salariés avec leur Syndicat, en direction de chômeurs syndiqués
Sur le site de Nancy, 3 salariés sont partis en départ anticipé, entre 54 et 55 ans, 6 embauches de précaires ont été obtenues. Il n'y a pas eu d'externalisation du travail.

Ces modalités d'accord ont été votées en AG, durant le conflit, sur l'ensemble des sites (8), à Paris et en Province. La CGT a veillé a ce que s'expriment non seulement les salariés concernés par les départs, mais également les jeunes précaires.
Les débats ont été parfois tendus.
Le syndicat CGT n'a accepté de signer un accord de fin de conflit que si les propositions issues des débats étaient portées à l'unanimité des salariés. Ce qui fut fait après de long mois de discussions dans nos ateliers, de contre-propositions, mais surtout d'arrêts de travail pour signifier notre détermination au taulier.
Dans leur pratique, les ouvriers du Livre se sont beaucoup plus rapprochés de l'interpro pour populariser leurs luttes, ils n'ont pratiquement pas travaillé avec la Fédération du Livre, jugée trop timide et réformiste par les adhérents.
Les rapports avec la confédération ont aussi été sobres, le lien le plus spontané est transversal, pas ascendant. C'est un héritage anarcho-syndicaliste de notre histoire, une expérience issue de nos conflits.

On ne gagne pas seul

Cet accord de départ anticipé peut faire débat.
Les camarades du SGLCE-CGT qui l'ont signé ne rasent pourtant pas les murs. Mener une lutte avec 100 % du personnel aujourd'hui ne garantit pas un grand chelem social à l'issue. Il ne peut pas y avoir d’îlot de victoire sociale sur un océan de résignation et de dé-syndicalisation.

Les luttes actuelles ne sont pas une déferlante : la peur, l'ignorance sociale, le repli des individus, les trahisons sociales, le renoncement à une conscience de classe chez les travailleurs, hypothèquent lourdement les mobilisations nécessaires.
Des officines syndicales repeintes en partenaires sociaux ont cassé la culture de la grève, depuis plus de vingt ans les jeunes générations ne pensent pas qu'un conflit social puisse déboucher sur une vie meilleure.

Tant que durera ce climat, les accords découlant des luttes, même des plus dures, esquisseront une perspective défensive. On ne peut pas gagner seul, les luttes sociales ont besoin de collectif, de solidarité, de conscience de classe.

Les travailleurs de la distribution de la presse tentent, conflit après conflit, de mener leur lutte pour que d'autres salariés profitent de leurs combats. C'est de plus en plus dur, mais la détermination reste intacte. Les défis sont relevés, chaque fois.
Le plus difficile est bien le débat à mener avec les salariés. Le monde du travail souffre aujourd'hui d'une déculturation terrible, d'une perte d'identité, d'une perte de valeurs.

Les salariés de la presse, tout au long de leurs conflits, ont affirmé aux patrons, aux gouvernements, qu'ils étaient les experts de leur travail, et n'avaient pas besoin de tutelle pour décider.
Dans les conflits, de 2011 à 2013, les ouvriers du Livre ont initié des débats sur le lieu de travail concernant, entre autres, la signature de l'ANI (Accord National Interprofessionnel), conseillers généraux, députés, ont été invités à débattre avec les salariés de la Presse qui voulaient exprimer aux élus le refus de voir ratifier des lois anti-sociales.

Chaque grève a permis aux ouvriers de la Presse de sortir, d'aller dans les autres entreprises parler aux salariés qui ont peur de faire grève.
En région parisienne, les ouvriers ont occupé des dépôt qui sous-traitaient le travail des grévistes, s'opposant physiquement à la police.
Les ouvriers de la Presse ont aussi interpellé les élus à l'Assemblée, au Sénat pour qu'un service public de l'information soit vraiment mis en place, à l'abri de l’appétit des financiers. Plusieurs débats ont été initiés, dans les entreprises en lutte. Un débat national a été mis en place, à Paris, dans les locaux du journal le Monde. Marie Georges Buffet a recueilli les propositions des travailleurs en lutte pour déposer un projet de loi.

Cette culture du débat, les mobilisation qui ont suivi, ont permis de faire reculer le patronat. Pour aller plus loin il aurait fallu amener la mobilisation chez les sous-traitants, les camionneurs qui livrent, les porteurs de journaux, les ateliers de routage privés qui recrutent pour quelques heures par jour les personnes les plus vulnérables.

Faute d'arriver à emmener à la grève les publics les plus fragiles, et les plus concernés, nous resterons sur des luttes défensives.

Il est aujourd'hui nécessaire d'apprendre à désobéir et de provoquer le débat, afin de se réapproprier la grève.