dimanche 7 octobre 2018

Mon pote Michel

 
Michel Uhring est arrivé à Droit au Logement à la première réquisition, à peine l’association créée en juin 1995, c’était avenue du XXe-Corps. Deux beaux logements de 120 m2, réservés aux cadres supérieurs d’EDF, étaient vides depuis des années.
Léon Schwartzenberg était venu pour nous assurer une paix sociale du côté des matraques, le mouvement de réquisition commençait à Nancy. Il y avait fort à faire, nous avions de la bonne volonté et peu de savoir-faire.
DAL fonctionnait en AG permanente, mais la plupart des animateurs ne connaissaient pas de problèmes de logement, les gens en proie au mal-logement n’osaient pas souvent s’exprimer.
À Nancy, la création de DAL a bénéficié d’un œcuménisme assez rare. Dans l’association cohabitaient une trentaine de structures, syndicales, politiques, antiracistes, humanistes, des travailleurs sociaux d’obédiences syndicales diverses, des liens se tissaient aussi avec Médecins du Monde, Les Restos du Cœur, Emmaus, le Secours pop et le Secours catholique.
Le milieu des squats ne nous faisait pas confiance, et pour cause, ces personnes fuyaient tout ce qui est organisé, parce que justement les institutions les sommaient de quitter un mode de vie « asocial ».
Arriva alors un curieux gaillard, flanqué de ses chiens, qui prit part à nos réunions. Petit à petit, Michel s’est imposé dans notre logistique opératoire. SDF, il arpentait la ville avec des yeux que nous n’avions pas. Lorsque tu es dans une ville, sans argent, ni titre de logement, il faut apprendre à repérer l’endroit, accessible, qui te protégera du froid, de l’eau, de la canicule, des coups aussi. Les SDF sont souvent victimes de violences gratuites.
Au bout de quelques mois, Michel nous indiquait les bâtiments vides, s’ils étaient approvisionnés en électricité, eau, gaz, ce qui est souvent le cas. Nous avons souvent réquisitionné des logements, où tout fonctionnait.
De fil en aiguille, Michel est devenu le fixeur du DAL, il amenait aux réunions sa mine de renseignements, André Valance allait alors au cadastre vérifier si le bâtiment était une propriété du domaine public, condition essentielle pour réquisitionner, puis une rencontre se faisait avec des syndicalistes d’EDF et de La Poste pour amener l’opération à terme. DAL avait en permanence dans sa besace quelques adresses « opérables ». Nous avons logé des dizaines de familles grâce à un gaillard qui couchait dehors. Il aurait été superflu de remercier Michel, trop heureux d’aider.
Michel dormait dans la rue, les années de galère l’avaient endurci et il ne se plaignait pas pour sa personne. En revanche, il était révolté que d’autres n’aient pas de logement.
Au gré des réquisitions, DAL est arrivé à faire une grosse opération : ce fut la réquisition de l’immeuble Magellan à Malzéville. Cet immeuble, propriété publique, était destiné à être vendu au franc symbolique à des opérateurs privés. Il comptait un grand nombre de logements T5 /T6 qui faisaient défaut aux familles modestes. Michel est donc allé promener ses chiens à Malzéville et tranquillement nous avons monté un « dossier ».
C’était une époque où il n’y avait pas portables, une surveillance policière humaine était de mise par les renseignements généraux, nous mettions au point nos opérations, dans des bistrots et non pas dans des locaux syndicaux ou politiques. Une bonne partie de nos réquisitions a été planifiée au bar Le Royal, chez notre pote Bernie. À côté, dans les locaux de la MJC République, se tenait la permanence des sans-papiers et, le vendredi soir, le bistrot était très animé à ce moment. Michel venait donc avec ses renseignements et commençait ainsi la mise en profil d’une réquisition. Si DAL Nancy n’avait pas eu Michel pour ces renseignements, l’activité aurait été moindre.
Ce qui était génial avec un pote comme Michel, c’est qu’il passait inaperçu, alors que nos tronches de militant(e)s étaient retapissées d’office par la préfecture. Lui se trimbalait une confiance due aux inoffensifs, un jugement de classe sans doute, un pauvre gars qui traîne dans la rue avec ses chiens n’est pas dangereux… grave erreur ! Michel était notre MI5 à lui tout seul.
Dormir dehors est aussi un enseignement de la vie, chèrement payé. Mais, cela permet de savoir s’il y a des rondes de police, des présences de gardiennage, de la vidéosurveillance… Où se situent les entrées ? Sont-elles utilisées ? Y a-t-il un parking ? Utilisé la nuit ? Ou pas ? Y a-t-il des vis-à-vis ? Tout ce qu’on ne remarque pas quand on vit dans un chez-soi.
La réquisition du Magellan fut un moment fort. Michel fut notre responsable de l’immeuble réquisitionné. DAL avait logé une douzaine de familles. Ce n’était pas simple, plusieurs cultures étaient présentes, plusieurs reflets sociaux aussi. À la dernière minute, DAL a coopté un locataire, c’était un jeune homme qui sortait de prison et avait trop honte de demander un logement, il dormait dans un local à poubelles. Michel se vit attribuer un logement au rez-de-chaussée, où il filtrait les accès, les familles résidentes seules pouvaient rentrer. La presse, les militants pouvaient les rencontrer, si elles étaient d’accord, dans des locaux sociaux attenants au logement de Michel, qui était donc responsable des relations internes dans l’immeuble. Comme la préfecture a laissé pourrir le dossier de nombreux mois, ce fut très difficile à gérer.
Cette réquisition nous procura quelques anecdotes. Dès que l’opération eut lieu, le chef des renseignements généraux vint nous voir et nous expliqua que le préfet allait nous recevoir pour régler les problèmes de logement des familles concernées. On se marre, en lui disant qu’en France il y a des milliers de logements vides et des milliers de personnes sans logement, et qu’aux dernières nouvelles c’est le préfet qui a le pouvoir de réquisition et qu’en plus on a autre chose à faire que rencontrer le préfet. Rien n’y fait : les RG reviennent à la charge, le préfet veut rencontrer une délégation – il est vrai que l’ensemble des médias campe devant l’immeuble et fait le siège au téléphone des HLM ou de la préfecture. Quelques centaines de personnes viennent encourager les squatteurs et grossissent les rangs d’heure en heure, un énorme pique-nique est prévu pour midi, on comprend que les pouvoirs publics veulent déminer la situation. L’équipe tient un conciliabule avec les familles, qui sont en plein déménagement, on peut effectivement rencontrer la préfecture, car la pression que DAL met sur les pouvoirs publics permettra de régler d’autres dizaines de problèmes.
Le problème, c’est qu’on a autre chose à foutre que rencontrer le préfet, mais bon. Sept ou huit personnes environ composent la délégation, dont Michel Uhring, il nous semble important qu’un SDF puisse s’entretenir de la question du logement avec le représentant de l’État.
La délégation se pointe dans le bureau préfectoral – deux gauchistes, un SDF, deux animateurs de piquet de grève, un camarade prêtre-ouvrier et Jeannette Valance, qui représente l’institution DAL. Le préfet demande la fonction de chacun. Michel lui donne son nom et précise « chuis SDF », on affirme au préfet que Michel est un de nos experts, sinon le meilleur. Je ne peux pas vous décrire la tronche du préfet…

Au fil des années, Michel fut de toutes les réquisitions, présent à toutes les permanences. DAL a tenté deux fois de lui procurer un logement, mais c’était très difficile pour lui, sa norme était dans la rue. Assez connu dans sa ville, il montait parfois sa toile de tente aux abords de l’opéra, avec la complicité des salariés de la ville. Plus souvent, son domicile de jour était rue Héré, où ses nombreux(ses) ami(e)s passaient le voir, demandaient des nouvelles.
Michel ne donnait pas seulement dans le militantisme de DAL, il aimait passionnément les animaux, surtout les chiens. Il donnait donc bénévolement un coup de main, plusieurs fois par semaine, au refuge de la SPA, à Laître-sous-Amance. Il y allait et revenait à pied.
Pendant longtemps, il passait prendre son petit café le matin à l’UL CGT, où il pouvait lire les journaux du jour, amenés par des copains de la presse. Ces moments partagés étaient importants pour lui. Comme il vivait dans la rue, il ne soignait pas une maladie qui le faisait trembler terriblement, au point de ne pas pouvoir boire un café. Le temps partagé dans des locaux amis le mettait à l’abri des regards et des jugements stupides, malsains.
Je dois avouer que j’étais heureux de le revoir de temps en temps. Parfois, il vivait dans le Lunévillois et nous n’avions plus de nouvelles, puis, il réapparaissait. Je l’ai vu en novembre 2017, nous avons bu un petit café, je ne savais pas que ce serait notre dernière rencontre.
Michel Ancé

Neuf ans sur les routes

Texte extrait de La Douceur dans l’Abîme, un atelier d’écriture avec les sans-abri de Nancy (1999-2000), par François Bon, Catherine Gourieux et Jérôme Schlomoff.

Neuf ans de galère, mais ailleurs qu’en France. J’étais parti en me disant : je reviendrai bien un jour, mais quand ?
Je suis parti avec un copain et on s’est fâché en cours de route. On faisait la manche, le copain, il trouvait drôle que j’avais plus que lui, alors je lui ai dit : on arrête, si j’ai plus que toi, ça veut dire que je me débrouille mieux que toi. J’étais parti pour aller nulle part.
Entre la charrette de foin, et toi derrière en train de dormir, beaucoup de routiers, des camionnettes, quelques voitures quand même. Des coups de grisou, oui. Ça ne va pas du tout. Assis sur le sac de couchage et puis se poser des questions : je rentre, ou quoi ?
Mais tu n’as pas beaucoup le temps pour broyer du noir. Tu en broies, mais c’est vite dissipé.
Avancer vers le patelin le plus proche et, après, tellement crevé. À l’aveuglette, pas besoin de carte. Le Guide du Routard, pas besoin non plus. Sac au dos, dormir dehors, l’hiver à des moins trente, surtout en arrivant en Roumanie. Aucune nouvelle, personne ne savait où j’étais.
L’Italie, la Roumanie, la Pologne, puis après, c’était du passage. Je dormais plus chez le paysan que dans des villes, puisque je donnais un coup de main, on partait à quatre heures du matin, on revenait à midi, ils me filaient de la bouffe : je n’ai jamais crevé de faim.
L’hiver, dans le foin ou la paille, ça fait chaud quand même.
C’était un choix, je voulais partir. Marre de rester, voir un peu ce qui se passait ailleurs. Sac au dos, parti. Pour séjourner, voir un peu comment ça se passait.
Le nom des villes, des villages, je ne me rappelle plus. J’étais parti début 1985, pour aller en Russie, je me suis retrouvé en Roumanie. Surtout visiter. Le premier grand voyage en stop, sept mille cinq cents kilomètres. Et je ne parle que le français. J’avais trouvé quelque chose pour ne pas crever de faim, j’allais chez les paysans, ils se levaient le matin, je partais avec eux pour faire le foin, les grosses tâches, et je repartais avec des sacs de bouffe. J’arrivais la nuit, le plus près possible dans le village, et je m’arrangeais pour rester.
Des bons souvenirs, c’est se faire des copains, des copines. On ne parle pas la même langue, mais on arrive à se comprendre. En Pologne, on travaille une heure, deux heures, et ils payent les heures qu’on travaille.
Les mauvais souvenirs, se faire arrêter par la police, en Italie surtout, parce qu’on squattait avec des copains italiens, mais ce n’est pas comme ici. Turin, Milan, Venise, Rome, côté Adriatique, remonté par la Yougoslavie, à l’époque où ça allait bien. Ça dépendait des rencontres. Aussi, les frontières, la fouille.
J’ai fait l’Espagne aussi, le Portugal, les îles Baléares, sur un bateau, je faisais la vaisselle, tout, même topo pour revenir. La Corse, pareil.
La Hongrie, pas facile non plus. Pour entrer en Russie, aussi, carrément traverser les champs pour arriver quand même. J’appelle ça des frontières inimaginables.
On arrive toujours à se faire comprendre, manger, dormir, fumer.
Les gens, ils essayent de savoir, on leur répond qu’en France, on est dehors. Et on découvre que la misère, c’est partout. À Bucarest, j’ai dormi près d’un hôpital, j’ai vu des enfants laissés à l’abandon. Je me suis fait copain avec une petite fille de quatre ou cinq ans, crois-moi ça remue les tripes, j’en ai pleuré.
C’est à cause des souvenirs d’enfance, de parents qui voyageaient beaucoup, ça m’est resté. À l’époque, mes parents travaillaient à l’usine, aux chaussures André, ils n’avaient pas beaucoup d’argent, c’était le Midi, les vacances hamburger. J’allais aux colonies de vacances, dans les Vosges, aux colonies de vacances des chaussures André.
Ma mère était fraiseuse, aux « godasses Paul », les chaussures André, on appelait ça comme ça. Quand elle rentrait, elle avait les mains toutes dures, les doigts esquintés, des mains d’homme. Et mon père était coupeur, il me ramenait des balles qu’il faisait dans le crêpe, ça rebondissait bien.
Mon grand-père travaillait aux aciéries de Neuves-Maisons. Mon grand-père était gazier et les deux oncles aux mines du Val de Fer.
Mon grand-père, c’est sa retraite qui l’a fait partir de Neuves-Maisons. Mes deux oncles du Val de Fer, c’est la maladie du charbon. Ensuite ils sont partis vers Perpignan, un gardien au château de Rivesaltes.
Je suis parti à l’armée, engagé trois ans au 3e RCP, parachutistes, complètement abrutis, j’ai fait le Tchad, l’Éthiopie, pas mal de trucs qui m’ont lancé dans l’aventure. Tu veux épouser une fille, fais ton service militaire ! Et tu reviens, la fille est mariée, c’est cher payé.
J’ai été libéré en 1968 et, en mai 68, j’étais sur les barricades à Paris. Déjà on avait fêté les trois ans de la quille, moi, la quille, je l’ai fêtée pendant un an. Après retour à Nancy. Mes parents m’avaient dit : « Je ne veux surtout pas que tu travailles en usine. »
Quinze jours après je rentrais à Pompey, rien que pour les emmerder.
J’ai connu les aciéries, j’ai fini deuxième fondeur au haut-fourneau et j’étais aussi délégué CGT. Un sacré boulot, le ciel tout rouge. Une poche faisait quatre-vingts tonnes, on avait trois poches, on en faisait trois par vacation. Le pire, c’est quand les briques réfractaires tombaient dans la fonte. Alors la fonte bouchait les tuyères, il fallait mettre le haut-fourneau en veilleuse et ouvrir les tuyères. J’ai même été au Portugal, montrer aux Portugais comment se servir des hauts-fourneaux. Habillé en cosmonaute, des chaussures de sécurité, un casque avec visière.
C’était du bon boulot, mais un boulot dangereux. Quand on coule la fonte, d’abord on met du sable et, si le sable est humide, ça pète, on en prend plein la figure, ça m’est arrivé plein de fois.
Le plus mauvais, c’est quand on allait à la carotte, déboucher le trou du haut-fourneau. Quand la fonte a fini de couler, on met une carotte, mais elle durcit. Pour déboucher, on y va avec une baguette, tout près du haut-fourneau.
Et le blooming, un bloom de cinq tonnes ! Beaucoup de trucs pour les carcasses radiales de pneu. Fallait voir le boulot : tu prenais une pince, tu attendais que ça arrive, tu faisais un grand cercle et tu renvoyais ça là-dedans.
Tous les anciens te racontaient leur vie, entre deux casse-croûte. La côtelette directement sur la fonte, où c’était encore bien chaud, un coup à droite, un coup à gauche.
On commençait à quatre heures du matin. Au bistrot d’en face l’entrée, il y avait sur le comptoir une cinquantaine de rouges et une cinquantaine de blancs. Si tu étais en retard de cinq minutes, tu ne rentrais plus à l’usine.
Sacilor, ils ont tout fichu en l’air. Quand les gars ont fichu les feuillards dans la rue et qu’ils nous ont fait tabasser par les CRS, j’y étais. Après, j’ai travaillé aux Postes, encore délégué CGT, trop souvent dans le bureau pour défendre les copains. Quand ils ont envoyé la plate-forme de Nancy à Bar-le-Duc, il y a eu trente et un licenciements, j’étais le premier sur la liste : « Incite ses camarades à faire grève. » J’étais marqué en rouge. Il y en a beaucoup qui ont laissé leur baraque. À cette époque-là, j’aimais déjà pas trop les chefs.
C’est plutôt le goût de l’aventure, puis être libre, ne pas se demander tous les jours comment payer le loyer, l’électricité. À cinquante-deux ans, un médecin, je ne sais même plus ce que c’est. J’aurais une dizaine d’années de moins, je repartirais. Toujours envie de partir.
Quand je suis revenu : « Ah tu es là ? Depuis quand ? »
Le deuxième qu’arrive, et un derrière l’autre, qui n’a rien entendu, il faut tout répéter. Et tu racontes la même histoire, et des fois t’en as marre. Alors on ne la raconte plus, l’histoire.
Michel Uhring
Article paru dans RésisteR ! #57, le 22 septembre 2018

samedi 1 septembre 2018

Les deshérités de la mémoire




Un jeune Malien, sans papier , risquant une OQTF, hébergé par des militants à Leyr a découvert qu’une personne portant son nom est enterrée, à la nécropole nationale de Champenoux (54). Il est fort possible que cette tombe soit celle de son arrière grand-père.
Je vous livre ses mots qui se passent de commentaires.

« Bonjour,
Je m’appelle Brehima DIARRA.
Je vous remercie d’être venu vous recueillir à mon côté sur la tombe de Tiemtore DIARRA, qui est peut-être mon arrière grand-père. S’il ne l’est pas, il est de ma famille puisqu’il est originaire de ma région au Mali.
Comme 200 000 de nos compatriotes, il est venu en France en 1915, pour défendre le sol français. Il avait 24 ans. Je ne sais pas s’il était volontaire, s’il a été enrôlé de force ou s’il a été attiré par ces promesses :
La France lui assurait le versement d’une somme de 160 francs, soit environ l’équivalent de 500 euros, des médailles militaires, un certificat de bien manger, un habillement neuf et surtout la citoyenneté française une fois la guerre finie.
Tiemtoré n’aura jamais la nationalité française. Il décède sept jours après la fin de la guerre dans un hôpital de Jarville (54) des suites de ses blessures. Il est inhumé, ici, avec les honneurs militaires et la mention "mort pour la France".
En sa mémoire et celle de ses 30 000 frères d’Afrique centrale et occidentale, morts aux combats en France, je vous propose de respecter une minute de silence.

Un siècle plus tard, comme quelques centaines de compatriotes, j’ai quitté le Mali à 17 ans pour venir en France. Je voudrais ou faire des études ou suivre une formation ou encore travailler pour gagner de l’argent et vivre normalement.
Je suis monté dans un zodiac en Lybie en direction de l’Italie. J’ai cru mourir en mer quand un bateau nous a secouru et débarqué dans un port italien. J’ai pris le train sans billet, en jouant à cache-cache avec les contrôleurs. Arrivé à Paris, des amis de la rue m’ont conseillé de me diriger sur Nancy. Là, des structures d’accueil sont prévus pour les jeunes mineurs. J’ai eu 18 ans le 25 mars 2018. J’ai dû quitter le centre de Pixerècourt !
A ma sortie, j’ai été pris en charge par Joël de RESF (Réseau Ecole Sans Frontière). Aujourd’hui, j’habite à Leyr (54), chez Sylvie, Noël et Victor. Depuis plusieurs mois, j’attends une réponse de la préfecture sur ma demande d’autorisation de séjour, qui me permettrait dans l’immédiat de trouver un emploi ou une formation.
Quand la France a eu besoin de Tiemtore, il est venu.
Aujourd’hui j’ai besoin de la France, l’Etat m’acceptera-il ?
30 000 de nos aînés reposent en terre de France. Nous revendiquons leur héritage. Ne serait-il pas juste que l’Etat propose à minima à 30 000 réfugiés la nationalité française qu’elle nous doit depuis un siècle ? Pour les réfugiés de tous pays, nous demandons à l’Etat français de respecter l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’homme :
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la
famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la
liberté, de la justice et de la paix dans le monde ! »

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